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Professeur chaviste vit loin de l’enfer qu’il a contribué à créer

By: Contributor - Apr 22, 2015, 3:47 pm
Temir Porras, former Venezuelan vice-minister of popular power for foreign affairs released this image to celebrate Cuba's former totalitarian ruler Fidel Castro's 88th birthday. (@temirporras)
Temir Porras, ex-consultant en relations internationales pour Hugo Chávez, a publié cette photo pour les 88 ans du leader totalitaire cubain Fidel Castro. (@temirporras)

EspañolEnglishMonsieur Temir Porras :

Votre nomination comme professeur dans une des plus prestigieuses et plus chères universités de Paris, Sciences Po, nous a beaucoup étonnés. Entendons-nous bien : il est admirable de vouloir acquérir des connaissances dans le monde de la diplomatie et de les partager auprès des jeunes. Mais c’est tout de même étrange que quelqu’un s’auto-proclamant “véritable patriote vénézuélien”, préfère enseigner dans le confort bourgeois de la vie parisienne au lieu de le faire au sein-même de la “révolution bolivarienne” de Hugo Chávez.

Ayant été Vice-Ministre de l’Éducation Supérieure, vous devez certainement être au courant de la sévère pénurie de professeurs universitaires dans votre cher Venezuela. Comme vous, beaucoup d’entre eux ont abandonné le pays à la recherche d’opportunités d’emplois payés plus de US$28 par mois, somme qui représente la rémunération moyenne des profs au pays.

Vous déclarez être “un patriote vénézuélien” car vous êtes prêt à “offrir votre vie pour la patrie” et à la défendre contre “l’impérialisme”. Cependant, vous décidez de travailler dans une des institutions les plus élitistes d’Europe, contre un salaire en euros, rien que ça.

Par ailleurs, vous qui ne faites aucun cas des manifestations de l’opposition et du mouvement étudiant au Venezuela en prétextant l’origine et le statut socio-économique de ses manifestants, vous semblez cependant prendre plaisir à enseigner auprès des étudiants européens issus de cette même classe sociale. Si vous vous battez pour une société plus égalitaire et révolutionnaire, comment ces principes vous ont-ils conduits à chercher un poste dans l’une des universités les plus onéreuses en France ? Pourquoi ne pas enseigner les bienfaits de la révolution dans le bidonville populaire de Charallave, à Caracas, par exemple ? Cela serait digne en effet d’une vraie éducation révolutionnaire, n’est-ce pas ?

Néanmoins, puisque vos étudiants n’ont probablement jamais visité le Venezuela (et qu’ils ne s’y rendront probablement jamais), voilà une excellente opportunité pour leur expliquer pourquoi votre pays est constamment cité dans la presse internationale. Votre cours sur l’Amérique latine —et le rôle de Hugo Chávez, bien évidemment—, serait beaucoup plus intéressant si vous leurs racontiez le vrai legs de la “révolution bolivarienne”.

Par exemple, vous soulignez dans votre C.V. que vous avez présidé la Banque de Développement Économique et Social du Venezuela, BANDES. Vous pourriez donc expliquer à vos étudiants où est passé tout l’argent qui s’y trouvait, comme ça, ils en sauraient plus que le citoyen vénézuélien lambda.

Étant donné que la plus-value de la production pétrolière administrée par la BANDES a pour but d’être investie dans des projets pour le développement de “la patrie”, les citoyens vénézuéliens voudraient savoir en détail comment cet argent a été dépensé. Enfin, c’est leur argent, et dans une démocratie cela s’appelle rendre des comptes.

Le site web du BANDES avance à peine quelques chiffres et aucun détail ; c’est pourquoi vous feriez bien d’expliquer à vos étudiants, pour qu’il n’y ait pas de doute, où sont passés les US$30.000 millions “perdus” dans le fonds que vous affirmez avoir géré (voir ici et ici).

Lorsque vous étiez vice-Ministre des Affaires Étrangères, il y a eu encore US$40 millions partis en fumées dans le Pavillon du Venezuela à l’Expo Shanghai en 2010. Vous avez immédiatement accusé les médias d’inventer un mensonge, mais l’Ambassadrice du Venezuela en Chine, Rocío Maneiro —une leader importante du chavisme—, a exigé aux tribunaux d’enquêter sur votre responsabilité sur la disparition de ces sommes.

Vous êtes sans doute au courant du manque de transparence qui caractérise le régime pour lequel vous avez travaillé pendant plus de dix ans. Mais, comment cette information pourrait-elle arriver au citoyen vénézuélien lambda si la presse là-bas est une de moins libres du continent ? Peut-être devriez-vous aussi expliquer à vos élèves comment le gouvernement chaviste a étendu son contrôle sur les médias et comment il en a muselé les voix critiques.

D’ailleurs, malgré les différences culturelles et visions politiques divergentes de vos élèves, ils sauront certainement reconnaître ce qu’est une démocratie ; quand les Droits de l’Homme sont protégés et quand ils sont bafoués. Faites-en vous-même l’expérience : racontez-leur combien de politiciens vénézuéliens sont incarcérés et combien d’entre eux sont des opposants au gouvernement.

Le fait que le Maire élu de Caracas, Antonio Ledezma, un important leader de l’opposition, ait été “pratiquement kidnappé” par des policiers non-identifiés —sans mandat d’ arrêt—, en dit long sur la farce démocratique qui règne au Venezuela. Plus important encore cela en dit long sur les idéaux que vous défendez avec tant de ferveur.

C’est pourquoi il n’est pas surprenant que la Maison Blanche ait décidée de sanctionner des hauts fonctionnaires du gouvernement vénézuélien pour violation aux Droits de l’Homme.

Vous souhaitez peut-être que les sympathisants de Chávez croient que les États-Unis ont sanctionné tout le pays, mais vous, vous n’êtes ni idiot ni inculte. Vous avez étudié dans les meilleures institutions de France et savez parfaitement que ces sanctions ne visent que ces individus et leurs biens —de provenance douteuse—, à l’étranger, ainsi que d’autres chavistes craignant d’être les prochains sanctionnés (dont vous, bien évidemment).

Si vous continuez à écrire sur le supposé “bombardement aérien” de Caracas promu par les États-Unis, nous voudrions vous rappeler que, selon votre propre gouvernement, propager et semer la terreur est interdit et puni par la loi. N’est-ce cela la raison pour laquelle le régime détient illégalement en prison Leopoldo López depuis plus d’un an, déjà ?

De même, votre cours doit sans doute déborder de brillants étudiants doués d’esprit critique. Quelle ne serait pas leur réaction s’ils apprenaient que des jeunes comme eux, sont aujourd’hui en prison pour oser critiquer le gouvernement que vous défendez à outrance?

Par le passé, vous avez affirmé avec fierté que votre épouse vient d’une haute “lignée de révolutionnaires”, car son frère à été arrêté et assassiné par la police dans les années ‘90. Quel dommage qu’au XXIème siècle cela arrive tant et plus sous le mandat du régime que vous chérissez tellement.

Puisque vous avez l’air de vous intéresser tout particulièrement aux exécutions extrajudiciaires, vous devriez raconter à vos étudiants les morts de Bassil da Costa, Roberto Redman et Génesis Carmona, pour n’en citer que trois. Etaient-ils eux aussi des “bourgeois imbéciles” puisque vous affublez les étudiants manifestants dans votre blog en ces termes? Pourriez-vous nous expliquer pourquoi l’assassinat de votre beau-frère serait plus pertinent que ceux d’aujourd’hui ? Ou est-ce que ces assassinats sont gênants par contraste pour l’Histoire de la Révolution?

Vous affirmez que Chávez a été la meilleure chose qui soit arrivée au Venezuela. Vivez donc cette expérience en chair et en os. Retournez au Venezuela et incarnez votre idéal au sein des bidonvilles populaires de Caracas plutôt que de vivre agréablement comme l’élite politique.

Vivez la pauvreté en direct, l’insécurité et la misère dont souffrent les vénézuéliens à cause du chavisme. Faites la queue pour acheter du papier toilette ; vivez avec le vrai salaire d’un professeur vénézuélien. Essayez de vivre normalement sans vos gardes de corps et vous connaîtrez la peur d’être tué à chaque instant à cause d’une criminalité omniprésente.

Peut-être vous rendriez-vous compte ainsi de ce que les vrais “patriotes vénézuéliens”, comme vous les appelez, endurent au quotidien.